L'incroyable épopée de Tati & Papi Dézil

Cadres de Vie

île Sainte-Marie... aux couleurs de paradis
Nous découvrons l'orphelinat de Brousse « Zazakely ». Rien que son intitulé définit l'établissement.

« Zazakely » signifie « petit enfant » en Malgache. Ils sont une soixantaine de gosses, âgés de trois à quatorze ans. Parfois frères et soeurs. Au minimum tous cousins, car tous les natifs de l'île le sont plus ou moins.

« De Brousse » : c'est à dire un lieu sans électricité, sans eau potable, avec néanmoins le luxe de latrines dotées de fosses septiques et ce que l'on nomme ici des douches, c'est à dire un endroit où l'on peut cacher sa nudité en se faisant couler le contenu d'un pichet d'eau sur le corps (et qu'un écoulement permet d 'évacuer hors des lieux de vie, civilisation oblige !).

Matériellement, l'orphelinat est une ancienne menuiserie plus ou moins retapée pour en faire un lieu habitable, à la quelle on a ajouté quelques cases en matériaux locaux, pour le personnel d'encadrement et les « visiteurs ».

Horreur, misère et abjection penserez vous ? Non, car toute cette précarité devient totalement secondaire, dès l'apparition des enfants.

Oublié leurs guenilles, on ne voit plus que leur sourire, leurs yeux grands écarquillés, leurs cris bizarrement endiablés de félicité et leurs trépignements de joie. Nous ne sommes ni le Père Noël, ni mère Téresa, mais nous sommes reçus au moins comme si nous les étions.

Et puis Noël arrive. Une jeune Réunionnaise bénévole était venue distribuer des rebuts de jouets collectés sur les brocantes et chez les vide-greniers de l'île Bourbon. Certains objets semblaient n'avoir pas été mis à la poubelle que par pure honte, tant leur état était lamentable. Meliza les emballait néanmoins consciencieusement dans du papier journal, avec tendresse, avec passion. (Enfin un échantillon de belle jeunesse qui ne se demandait pas ce qu'il était venu foutre sur terre comme la majorité de ses congénères. Elle était venue là, donner son énergie et sa tendresse au lieu de revendiquer tout et son contraire... qu'on lui donne la becquée, sa pitance et le surplus en toute sécurité, Bref,)

Des femmes de peine (car sur ce plan, règne en cette contrée une stricte égalité des sexes) avaient dressé sur de petites nattes, des carrés de feuilles de bananier, autour d'une grande natte où trônaient six bouteilles de Coca-Cola, et une vingtaine de paquets de biscuits (calculé juste pour qu'il y en ait deux par enfant)

La cérémonie allait nous arracher les tripes, nous fendre l'âme, bouleverser nos certitudes, chambouler nos sentiments et exacerber notre compassion. J'en chialais d'émotion derrière ma caméra.

L'émerveillement de ces enfants devant une poupée éventrée ou énuclée - des voitures cabossés, parfois sans roue, parfois rouillées - des jeux de dames, d'échecs ou de l'oie où il manquait des pions - des livres sans couvertures ou aux pages arrachées et... tout ce bric à brac de déchetterie, créait une joie indicible, une foi en un avenir radieux qu'ils n'inventaient même pas... ils vivaient enfin le bonheur, à l'état pur !

Curieux voyage de noces penserez-vous ? Certes inhabituel, mais qui valait en cet instant cent fois Venise, mille palais d'orient... tout l'or et tout l'argent du monde !



Jean-Claude RIDOLCE
Rédigé par Jean-Claude RIDOLCE le Samedi 31 Mars 2007 à 17:04

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