L'incroyable épopée de Tati & Papi Dézil

Mardi 20 Février 2007

Pêle-Mêle

Deux associations jumelles pour une même action.

Parviz rêvait d'une belle moisson elles et ses amis ont fait de belles semailles... mais les intempéries ont retardé la récolte.

On lui laisse la parole.


Une Médiathèque... de Brousse !
Une médiathèque de Brousse... le contraire d'une utopie !

Ventre affamé n'a pas d'oreille dit-on, et bien des ONG se sont crées pour apporter
au tiers monde, nourriture, santé et instruction, mais sans toucher au fondamental.... l'éducation.

Or, bien souvent, quand nous voulons apporter une aide humanitaire, nous raisonnons avec notre culture occidentale, ce qui entraîne fréquemment des dérives, dont voici quelques exemples :

Pour nous une moustiquaire sert à se prémunir du paludisme ou du chikungunya. Or les habitations des plus démunis n'en permettent même pas l'installation. Certains pécheurs ont ainsi détourné l'objet, pour ce qui leur semblait un meilleur usage et les avait transformé... en épuisette pour la pêche. Malheureusement, ces filets non adaptés retenant les larves de langouste et de crevette, ont entraîné consécutivement une pénurie de ces crustacés précieux pour l'économie locale et nos palais.

La vaccination est aussi mal comprise des villageois. Il se trouve toujours un plus malin pour proposer aux autres de se faire vacciner à leur place (moyennant finance). Bien sûr, au bout du sixième ou septième vaccin notre arnaqueur risque la mort.

Aller chercher de l'eau à grande distance, notamment pour les enfants et les femmes enceintes, semble à nos yeux d'occidentaux, une corvée inhumaine, (nous qui tournons juste un robinet pour faire couler de l'eau chaude). Mais pour les femmes africaines, c'est avant tout un point de rencontre, et une occasion rare où elles peuvent papoter loin de leurs maris.

Des associations humanitaires ayant installé une fontaine sur la place du village, ont provoqué une perte d'autonomie très mal ressentie. Surveillées par les maris, il fallait très vite réintégrer les foyers. Fini les cancans entre femmes. La panne de la pompe fut une bénédiction. Personne n'a demandé sa réparation.

Plus grave encore... des latrines publiques sont fermées, scellées par des planches, avec une mention impérative écrite à la peinture rouge... "Fady" (tabou !). En effet la tradition locale interdit de déféquer à un endroit ayant déjà servi de réceptacle à un autre étron. Les villageois font donc massivement leur besoins sur les plages, car (théoriquement) lavées par la mer à marée haute. Cette pratique induit évidemment une insidieuse pollution des nappes phréatiques, toujours présentent à fleur de terre jusqu'en bordure plage... De plus ces "champs de mines nauséabonds" font bien évidemment fuir les touristes

Dans ces conditions, un projet de médiathèque de brousse, n'était-ce pas une belle utopie prétentieuse, elle aussi totalement décalée de toute réalité locale ???

A l'instar de notre ami « Johnson », le piroguier, dont l'envie de lire le poussait jusqu'à déchiffrer nos factures, les quelques livres que j'avais emmenés ont vite été empruntés par les habitants du village.

Cette frénésie de lire se manifestait chez tous les habitants, laquelle ne pouvait être assouvie par les seules écoles primaires des villages. Celles-ci dispensaient bien, avec leurs moyens dérisoires, une instruction sommaire, essentiellement orale, dans des classes surchargées à l'extrême (jusqu'à 115 élèves au CP !)

Les parents n'ayant pas les moyens d'acheter des fournitures scolaires, la Médiathèque devait apporter une forme de culture (au sens le plus large) leur donnant une certaine la liberté d'accès à leurs propres centres d'intérêts.

Il fallait donc créer, outre un fond documentaire, des expositions, des causeries des kabars (sorte de joutes oratoires), des ateliers artisanaux etc... le tout pouvant contribuer à une éducation alimentaire, sanitaire, environnementale, ce, simultanément, à l'usage des enfants et des parents.

Au delà, une médiathèque en pleine brousse pouvait aussi permettre une intégration plus aisée des étrangers souhaitant aider au développement du pays, voire aux humanitaires de passage ainsi qu'aux aux simples touristes.

J'ai donc créé deux associations, l'une à la Réunion l'autre à Madagascar avec pour objectif de produire une sorte de vases communicants. (Le détail technique de ces deux structures, leur statuts, organisations, et leurs actions sont disponibles en pièce attachées en fin d'article).

Cette démarche a fait immédiatement des émules, avant même la réalisation concrète, de la médiathèque, c'est à dire la construction des bâtiments. En effet, une association de femmes a vu le jour, ayant pour but d'aider les villageoises à concevoir, produire et vendre des produits artisanaux... Nous leur avons acheté des tissus pour faire des poupées malgaches, certaines ont fabriquées des paniers que nos adhérentes ont vendus au profit de l'association.

Des contacts très avancés ont été développés notamment avec les clubs Rotary du Sud Réunionnais et de Tamatave pour le financement des bâtiments.

Les diverses « péripéties » décrites dans ce blog ont naturellement remis en question les possibilités d'implantation et le timing de mise en oeuvre de cette médiathèque de brousse.

Cependant, une action plus modeste, a néanmoins été réalisée à l'orphelinat... la reconstruction d'un bâtiment (en dur) à usage de maternelle. Le gros oeuvre a été payé sur nos deniers propres et ceux de quelques membres de la famille, tandis que l'aménagement des salles de cours l'a été par un Rotary métropolitain.

En dépit de tous ces déboires, les membres des structures locales mises en place , tant à La Réunion qu'à Mada souhaitent poursuivre l'action, même avec une présence raréfiée de notre part.

Le Président de l'association Saint-Marienne a proposé une partie d'un terrain qu'il possède sur le versant nord-est de Sainte-Marie, pour y construire les bâtiments.

Mediacis a par ailleurs été sollicitée par une école de service Social dirigé par la congrégation des filles du coeur de Marie (Soeurs laïques) pour la création d'une médiathèque située aux environs de Tana et une autre à Amito à 22 kms d'Ambositra un lieu très défavorisé où elles ont crée un orphelinat.

Une assemblée Générale de l' Association Réunionnaise sera convoquée en fin d'année scolaire pour établir une nouvelle stratégie. Car d'ici là, l'immense bouleversement politique Malgache observé ces derniers mois se sera peut-être stabilisé, et la disponibilité mentale et physique de « Tati et Papy Dézil » vraisemblablement sensiblement améliorée



Jean-Claude RIDOLCE
Rédigé par Jean-Claude RIDOLCE le Mardi 20 Février 2007 à 09:08

Recherche

Profils Tati et Papy Dézil
Jean-Claude RIDOLCE
Jean-Claude Jean-Claude RIDOLCE

Galerie

Liste de liens

Infos XML

RSS ATOM RSS comment PODCAST Mobile